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Le 2 avril 1997, Pierre LEBRET, "Chancelier-archiviste du diocèse de Saint-Étienne", a transmi ces renseignements concernant Robert PLOTON "tirés des archives léguées par Lyon lors de la séparation des diocèses et de 'Églises à Lyon & Saint-Étienne' de septembre 1975". Ces renseignements étaient présenté sous forme de biographie chronologique, et certains d'entre eux ont été utilisés pour ce travail. à l'époque) le 2 avril 1927, doctorat de théologie, chargé spécialement de la chapelle du Marais (Saint-Étienne) en 1935, Saint-Étienne] en 1939 ; il a pour vicaire son propre frère Romain, lui aussi prêtre, écrira ses "souvenirs" dans un livre-brochure De Montluc à Dora, est nommé chanoine honoraire de sa primatiale St Jean en octobre 1954 par le cardinal GERLIER, archevêque de Lyon, chrétiennes de Firminy" et abandonne sa charge de curé en 1961, |
La résistance a été le fait de personnes de toutes origines, de toutes conditions, de toutes convictions. Il est en conséquence indispensable de faire connaître des exemples tels que celui de Robert PLOTON, prêtre, en l'occurence à travers une biographie extrêmement documentée sur la Résistance à Saint-Étienne.
Daniel ROURE s'est exprim bien entendu de la manière dont il l'a désire. Il manque peut-être dans cette étude une présentation de Louis NICOLAS, d'Edmond TEISSIER éventuellement...
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![]() de la paroisse de la Nativité |
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Cette vieille plaisanterie peut être aisément illustrée lorsque l'on visionne les actualités et les compte-rendus des visites du Maréchal à Saint-Étienne, en mars 1941, et le matin même du 6 juin 1944 (!), dans les deux cas la place de la mairie noire de monde en train de l'acclamer, les mêmes foules initiant les premières épurations et recevant juste après avec jubilation les libérateurs, les mêmes qui les avaient peu de temps avant voués aux gémonies.
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Mais Saint-Étienne n'est bien entendu pas seule en cause. Elle est mentionnée ici pour illustrer cette capacité à l'oubli, alors que certains personnages qu'elle hébergeait mériteraient grandement d'être remémorés. C'est le cas ici proposé de Robert PLOTON, le sujet de la présente étude.
Le texte ci-dessous est une mise en forme, une reformulation, une réactualisation, une somme d'ajouts et l'organisation-réorganisation de documents, une mise en compatibilité en vue d'une parution sur Internet d'un travail important qui s'est déroulé sur plusieurs années effectué par Louis NICOLAS, et dont ce qui suit en demeure la colonne vertébrale.
Cela ne sera pas toujours répété, mais cela n'aurait pas été accessible sous la forme ci-dessous proposée sans une tâche qui a duré des années, et sans l'aide et l'apport de nombreux documents essentiels précieusement conservés par Daniel ROURE.
"Le prêtre Robert PLOTON (écrit Louis NICOLAS ) a contribué à sauver l'âme d'une église lamentablement fourvoyée dans le pétainisme moins par adhésion aux sinistres réalités du régime que par conservatisme et horreur de la République. En uvrant en accord avec les valeurs de la démocratie le citoyen PLOTON administre une leçon de générosité, de dignité et de patriotisme à une cité engluée dans un attentisme frileux dépourvu de grandeur."
"L'histoire ne se répète pas, elle bégaie", écrivait Karl MARX.
Voici donc un prêtre jésuite qui dans le premier quart de ce siècle ne prétend pas laisser aux seul partis de gauche et d'extrême gauche le monopole de ne pas s'éloigner de la classe ouvrière ou de ce que l'on a appelé plus tard le 'quart-monde' (Joseph Wresinski, 1969).
Quelques rappels :
Que cela soit clair : il n'est nullement dans ces pages question de mettre en exergue des fragments de textes faisant appel à des thèmes exclusivement catholiques, ni d'exprimer ici une quelconque préférence dans le parallélisme délibéré d'un vocabulaire et l'expression d'idées qui se veulent ressemblant(e)s, avec pour but de mieux contrer le discours communiste et de l'utiliser à des fins plus religieuses.
La raison essentielle de la présence de telles pages dans le présent site - susceptibles hors de ce contexte de poser question - ne s'éloigne aucunement du concept de Résistance : nous sommes ici amenés à faire appel à des éléments contribuant à l'éclairer, ne serait-ce qu'en montrant qu'il est parfois nécessaire de s'opposer à une hiérarchie -dans la cas présent religieuse- qui est en train de se fourvoyer ou simplement qui tente de conserver quelques avantages et privilèges.
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Robert PLOTON est né à Saint-Étienne le 6 novembre 1901 rue du Théâtre, d'une famille qui s'installera quelques années plus tard dans cette même ville au 14 rue César BERTHOLON.
Son père était sculpteur sur bois. Sa mère, Lorraine de VAUCOULEURS, qui aura une fille et quatre garçons, vouait à la province mutilée en 1871 un culte qu'elle fera partager à ses enfants.
École Sainte-Barbe de Saint-Étienne pour apprendre la profession de dessinateur en rubans.
Robert veut être prêtre (décision relativement tardive), comme le deviendra par ailleurs l'un de ses frères, Romain. Un autre enseignera dans le privé au collège Saint-Michel de Saint-Étienne.
Entrée au petit séminaire de La Roche.
À 20 ans il renonce au bénéfice du sursis et il est incorporé le 1er octobre 1921 au 38ème Régiment d'Infanterie où il accomplit un an de service à la caserne Rullières tout près de chez lui. Il part ensuite au Liban et enseignera quelques mois à Beyrouth.
À son retour il est admis au séminaire supérieur de la faculté catholique de Lyon Ceci aboutit à un doctorat de théologie soutenu en juin 1927 : Le Pardon du Péché Véniel après la Mort.
Ordonné prêtre le 2 avril 1927, il est nommé vicaire à Izieux (Loire).
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Dans ce fief des Aciéries de la Marine, ce disciple du "Sillon" de Marc SANGNIER arrive le 15 août 1928, porte tout naturellement son attention sur les problèmes sociaux de cette paroisse ouvrière. C'est là que ce prêtre qui se déplace à moto lance une section JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) fondée quelques années auparavant (1925) en vue de "rechristianiser le monde ouvrier".
Beaucoup de mineurs et de passementiers, populations aux fins de mois difficiles, chômage endémique - nous sommes en pleines retombées de la crise de 1929 : journées longues et harassantes pour ceux qui ont été embauchés, femmes remerciées sans indemnités après le plein emploi consistant à remplacer les hommes durant la guerre de 14-18, logis sans hygiène ni confort...
La crise sociale est au centre de tous les sujets de préoccupation. Dans une cité qui compte 10.000 habitants, la plupart ouvriers et employés, la question de la syndicalisation et d'un éventuel engagement ne sauraient demeurer un sujet tabou.
Parallèlement, l'idée de la création d'une troupe de théâtre prend corps, et des pièces sont montées qui tranchent avec le répertoire habituel du patronage.
Le 31 janvier 1932, la troupe d'Izieux présente à Saint-Chamond "Notre Dame de la Mouise", spectacle auparavant joué avec succès à La Ricamarie toute proche.
L'action a pour cadre une zone de la région parisienne, dans un décor proche de L'Assommoir d'Émile ZOLA où un prêtre s'acharne à vouloir bâtir une église en face du bistrot que ne fréquentent pas précisément des enfants de chur. Un vocabulaire cru et vert proche d'Henri POULAILLE, utopiste social de l'époque, et contributeur de la pérennité d'une littérature prolétarienne.
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Robert PLOTON qui n'est alors que curé par intérim d'Izieux est peu de temps après appelé à quitter cette paroisse.
Nommé en 1935 "vicaire faisant fonction de curé" dans le quartier du Marais (qui possédait une simple chapelle rattachée à la paroisse du Soleil, quartier industriel situé au nord-est de Saint-Étienne - s'y entremêlent des fermes, des mines, et les plus grosses usines de la ville), il y trouve une communauté (dont une grande partie d'origine polonaise) correspondant à ses idées, animatrice du "Cercle", dont font entre autres partie Claire REY-HERME, Jean ROCHETTE, et Jean BRUYÈRE.
Ils vont ensemble uvrer pour "libérer" ce quartier de métallurgistes et de mineurs d'une double contrainte : celle du curé du Soleil (quartier ainsi nommé) qui ne souhaite pas voir échapper à son contrôle un aussi vaste territoire (Robert PLOTON a tenu dès son arrivée à franchir un pas important consistant à prendre en main les finances de la chapelle : il souhaite en effet obtenir de l'archevêché la décision et les moyens de construire une église sur le territoire du Marais), mais surtout de Pierre CHOLAT, le tout-puissant patron de "Chez Barroin", qui exerce sur la chapelle - il est le propriétaire des lieux sur lequel se pratique le culte - et sur les fidèles - qui sont souvent ses ouvriers - une pesante présence tutélaire.
Impulsée par Jean BRUYÈRE, l'action en faveur de la construction d'une église est lancée en 1937 par une pétition tandis que des démarches sont engagées auprès de l'archevêché de Lyon dont dépend alors la Loire (note : l'évêché de Saint-Étienne sera créé en 1975).
Des démarches sont entreprises auprès de l'évêché auxiliaire de la rue Mi-Carême, mais se heurtent rapidement à l'opposition des industriels du Marais, et principalement de Pierre CHOLAT, directeur des Aciéries ou encore Jean SERVANTON (matériaux de construction). Il faudrait du temps et de la patience pour venir à bout des réticences des hiérarchies de Saint-Étienne et de Lyon.
Les choses vont d'autant plus traîner en longueur que les titulaires des charges archiépiscopale et épiscopale vont changer en 1938.
En ces temps de Front Populaire, la JOCF (féminine) est lancée en 1937 tandis que le vicaire et son équipe encouragent les jeunes à prendre des responsabilités civiques et sociales, ainsi qu'à s'engager dans le syndicalisme.
Dans le même temps, Robert PLOTON fait diffuser Le Travailleur de chez Nous, un journal qu'il avait créé à Izieux en 1935. Le bulletin paroissial du Soleil de septembre-octobre 1936 le présente en ces termes :
"Ce nouveau périodique qui se propose de révéler à tous la véritable attitude de l'Église à l'égard des problèmes sociaux. Puisse t-il réussir à détruire chez nous les préjugés malfaisants qu'inspirent la passion et l'ignorance."
Robert PLOTON est nommé en 1939 curé de la paroisse de la Nativité, quartier du Crêt de Roch à Saint-Étienne :
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Sous-officier de réserve, Robert PLOTON est mobilisé à la caserne Grouchy (Saint-Étienne) en tant que motocycliste.
Après la "Drôle de guerre", il manque être tué suite à l'offensive allemande du 10 mai 1940, faisant partie d'une "action de retardement" à proximité de Saint-Étienne, au lieu dit "Le Bois de la Garde" près de Saint Didier en Velay.
Ce 24 juin 1940, veille de l'entrée en vigueur de l'armistice du 22 juin, une unité du 131ème R.I.R. (Réserve Infanterie Régiment) prend position au carrefour des routes de Saint-Didier et de Jonzieux avec mission de retarder la progression de l'ennemi dont l'arrivée imminente est annoncée. Dans le même temps une patrouille de la section motocycliste du même régiment commandée par le caporal PLOTON se porte à la rencontre de ce détachement pour assurer ses liaisons.
Au moment où le peloton parvient au carrefour un véhicule blindé posté à l'orée du bois, croyant avoir à faire à des allemands, ouvre le feu. Deux des camarades de Robert PLOTON sont tués : Marc BEUCHOT et d'Alexandre GÉRENTON.
L'armistice est signée le 22 juin 1940. La France est vaincue, et le régime de Vichy affiche son cléricalisme.
Une certaine église exulte. Le 1er octobre 1940 le cardinal Pierre-Marie GERLIER, archevêque de Lyon, et ami affiché de Philippe PÉTAIN (allant jusqu'à l'introniser "chanoine de la Primatiale Saint-Jean"), érige le Marais en paroisse et décide d'y construire une église qui sera placée sous le vocable de "Saint-Éloi".
Le successeur de Robert PLOTON au Marais, l'abbé VERCHERY, est muté, et l'abbé CHERVERIAT (liens de parenté avec les ciments Lafarge) devient le nouveau curé, ce qui permet le 6 juin 1942 la pose de la première pierre de l'église Saint-Éloi, en présence du cardinal Pierre-Marie GERLIER, de l'évêque auxiliaire de Saint-Étienne Étienne BORNET, et de tous les notables de la ville, patrons du Marais en tête.
Depuis l'armistice, Robert PLOTON est désormais résistant, jusqu'à son arrestation le 6 octobre 1943.
Quelques jours après la capitulation du gouvernement PÉTAIN, il est démobilisé et regagne l'église de la Nativité et y retrouve sa mère, devenue gouvernante de la cure. Il commence à tenir en chaire, et ailleurs, des propos s'opposant à une politique de neutralité envers les nazis et Vichy.
Le 29 juin 1941 plusieurs milliers de personnes sont rassemblées au carrefour du Bois de la Garne pour inaugurer un monument à la mémoire de Marc BEUCHOT et d'Alexandre GÉRENTON, les deux soldats tués le 24 juin 1940. Robert PLOTON célèbre l'office et prononce l'homélie :
"Seule la certitude de notre filiation divine nous donne l'ambition et la force des dévouements nécessaires pour édifier par dessus les rivalités de race ou de classe la bienheureuse cité de la paix."
Il s'agit d'une exégèse inattendue alors des devises de la République exécrée par les maîtres de l'heure, à un moment où le gouvernement DARLAN vient de promulguer toute une série de lois qui aggravent les dispositions antisémites des 3, 4 et 7 octobre 1940. Il poursuit :
"La France n'a besoin ni d'un sang nouveau, ni d'un exemple étranger. Je ne sache pas que d'autres pays qui ont poussé plus avant l'étalage cynique de leurs appétits aient le droit de nous proposer une servile imitation. Je ne crois pas qu'une idée atteste sa valeur par la bouche de canons. (...) Nulle mystique d'emprunt ne prévaudra contre les réalités brutales dont nous sommes accablés. Mystique de l'État, mystique de la race, mystique de l'effort, mystique du muscle (...)"
Le journal très pétainiste Nouvelliste ne cite pas un mot de ce discours dans son édition du 30 juin. Le journal Mémorial, tout autant asservi à Vichy, on ne sait à quelles fins, en reproduit quant à lui les passages essentiels.
Dès 1940 Robert PLOTON prend des contacts pour continuer la lutte, et travaille avec les embryons des premiers mouvements d'une Résistance balbutiante. Il distribue feuilles et journaux clandestins tels que "Liberté" et "Vérités" dans un premier temps, puis à partir de Novembre 1941 "Les Cahiers du Témoignage Chrétien" et les premiers exemplaires de "Combat" ("Combat" organe du mouvement d'Henri FRENAY, sorti aussi en novembre 1941, résultat de la fusion de "Vérités" et de "Liberté".)
"Les Cahiers du Témoignage Chrétien" furent fondés par le père jésuite Pierre CHAILLET à Lyon. Le premier numéro sortit en novembre 1941. Rédigé par le père jésuite Gaston FESSARD il avait pour titre "France prends garde de perdre ton âme". Les deux premiers furent imprimés avec "Combat" par Joseph MARTINET dans le quartier du Tonkin (Villeurbanne).
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Combat ![]() Note au Préfet du 29/12/1941 |
(Forces Françaises de l'Intérieur) ![]() |
Les cahiers qui suivirent sortirent tous des presses d'Eugène PONS, issu du Sillon et militant de la Jeune République. Arrêté dans son imprimerie des Terreaux (Lyon) le 22 mai 1944, Eugène PONS fut déporté à Neuengamme où il succomba le 24 février 1945.
Lorsque Fernand BONIS de "Libération" qui distribue "Les Cahiers de Témoignages Chrétien" à Andrézieux (au nord de Saint-Étienne) est arrêté par la police française, c'est Robert KAHN du même mouvement qui se propose pour le remplacer. Des liens forts vont se tisser entre Robert PLOTON et ce patriote juif.
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Dès le début des persécutions de la part de l'État français la cure de l'église de la Nativité est devenue un lieu d'accueil pour tous genres de proscrits. Marguerite GONON (co-organisatrice de la création du maquis de Rochefort dans les monts du Forez) évoque "la plaque tournante de la Résistance du sud-Forez" : adversaires du régime, persécutés politiques, juifs, réfractaires au STO sont cachés, hébergés, leur transfert est organisé vers des centres de refuge et des maquis.
Il contribue par ailleurs à procurer et aider à fabriquer des faux papiers.
Enfin il uvre pour aider à rassembler les organisations clandestines au sein des Mouvements Unis de la Résistance, conformément à la mission confiée à Jean MOULIN par le général de GAULLE.
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Il fut d'ailleurs un proche de Robert KAHN, premier responsable des M.U.R. sur Saint-Étienne, arrêté un mois avant lui et fusillé à Bron le 17 août 1944.
Sans pour autant être officiellement rattaché à un groupe ou un mouvement, aux yeux de son compagnon Jean BERGERET (futur psychiatre, dès l'âge de 20 ans animateur de la résistance chrétienne dans la Loire), il a joué le rôle de "pôle d'attraction idéologique" pour beaucoup de patriotes de la première levée, celle qui fut la plus méritoire, la plus exposée, et bien sûr la plus décimée :
"Nous cherchions à satisfaire de notre mieux [écrit Jean BERGERET] ses immenses besoins au profit de malheureux qu'il ne refusait jamais d'accueillir et pour lesquels l'abbé cherchait à trouver auprès de l'un ou de l'autre d'entre nous une solution pratique, rapide et (si possible) sûre. Ce fut du même coup un exemple et un encouragement extraordinaire pour nos actions plus générales et plus organisées. Il faut ajouter que l'abbé PLOTON nous a beaucoup aidés aussi à contacter ici ou là des prêtres et des laïcs dont il connaissait les solides convictions et la générosité, en même temps qu'il nous transmettait aux uns et aux autres des avis de prudence en fonction des nombreux et précieux renseignements qu'il recueillait à travers ses relations personnelles très étendues et fort variées. Ce fut incontestablement une des plus grandes figures de la Résistance dans la Loire et dans le diocèse de Lyon."
Avec l'occupation de la ville de Saint-Étienne au lendemain du débarquement allié en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, il faut accroître la prudence.
Mais le réseau est développé en bas du Crêt de Roch, près de la gare de Chateaucreux, autour de l'avenue Denfert-Rochereau qui y mène...
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Celle de Robert PLOTON aura lieu le 6 octobre 1943. Un an auparavant, il y avait déjà échappé de peu, le 24 septembre 1942, inquiété par la police de Philippe PÉTAIN. Ce jour là les argousins de Pierre LAVAL, Chef du Gouvernement, et de René BOUSQUET, Secrétaire général à la police du régime de Vichy, étaient venus perquisitionner au presbytère pour ne trouver que 2000 Cahiers du Témoignage Chrétien dissimulés dans la soupente.
En outre et par chance, une famille juive en transit était justement sortie.
Cependant l'alerte avait été chaude. Désormais le curé de la Nativité se savait surveillé.
Les activités ne sont pas réduites pour autant. Le presbytère est devenu une plaque tournante de la Résistance où viennent et se croisent résistants, proscrits politiques et persécutés raciaux.
Mais désormais, outre les traîtres, il sait qu'il doit compter avec l'Abwehr (Service de Renseignements de l'état-major allemand) et le SD (Sicherheitsdienst (Service de Sécurité), c'est à dire la Gestapo).
En septembre 1943, un dénommé LEUSBERGER de l'Imprimerie Nouvelle, arrêté puis retourné par la Gestapo, se présente au presbytère en quête de renseignements. Flairant un piège, Robert PLOTON l'évite.
Le 6 octobre Jean HERGERET, étudiant en médecine (il avait accepté des responsabilités ainsi que son père Henri et son frère en faveur de "Témoignage Chrétien" pour la Loire), arrive à la cure en milieu de matinée. Robert PLOTON, n'attendant pas cette visite, se prépare par contre à accueillir Maurice BONNEVIALLE, ancien de la JOC à Izieux, devant lui amener des tampons susceptibles d'être utilisés pour la confection de fausse cartes d'identité;
Il est seul, aucun clandestin n'est en transit à la cure, sa sur Yvonne travaille, son frère Romain (qui est son vicaire), est sorti. Leur mère, gouvernante de la cure, malade, est absente du presbytère depuis quelques semaines.
Trois hommes en civil font irruption vers 9 heures.
Robert PLOTON reconnaît EKERT, alias capitaine EVANS de l'Abwehr. Une fouille est entreprise, qui s'avère fructueuse : 25 fausses cartes d'identité en instance de livraison et des certificats de travail 'authentiques' "contresignés par un fonctionnaire nazi".
Robert PLOTON ne s'est pas étendu plus tard sur sa tentative de fuite, mais il est possible d'en préciser les circonstances et d'en reconstituer le parcours : il connaît bien son Crêt de Roch, de tous les quartiers de Saint-Étienne celui possédant le plus de traboules, qu'il a toutes empruntées un jour ou l'autre. Ce sont des dédales d'allées, de couloirs sombres et moisis, d'escaliers étroits et raides au bois vermoulu ou en pierre trop lisse qui relient entre elles les rues parallèles construites au milieu du XIXe siècle sur la face ouest de la colline du Crêt.
Le mot à mot de Louis NICOLAS :
"Le prêtre dévale déjà la rue Carron quatre à quatre. En face, entre les 91 et 95 de la rue Royet pas d'immeuble mais un mur qui sépare le trottoir d'un jardin. Il est percé d'une porte fermée aujourd'hui, toujours ouverte alors et que surmonte encore la plaque bleue frappée du n 93. Cette porte pratiquée un peu sur la droite ne se voit pas lorsqu'on sort de la cure. On ne l'aperçoit que parvenu en bas de la rue Carron. Le fugitif traverse la rue Royet et s'engouffre sous cette porte. Maintenant à travers le jardin il court rejoindre une première maison. Mais les hommes de l'Abwehr l'ont vu et sont à ses trousses. (...) L'abbé parvient à traverser le corridor de la petite maison et s'engage dans un escalier à ciel ouvert qui conduit à la rue du Treuil. C'est là que les nazis l'atteignent au pied et à la main. Voici quelques années on voyait encore l'impact des balles sur le mur du jardin au pied de l'escalier.
Le blessé ne s'arrête pas pour autant. Il s'engage sous la voûte sombre du 112 de la rue du Treuil : un escalier d'abord puis une année de dalles (le 70 de la rue Roger Salengro actuelle). En 1943 et bien des années après une boucherie chevaline dont on devine toujours l'enseigne.
Robert PLOTON pourrait trouver refuge dans ce magasin. Mais il est attiré de l'autre côté de la rue par un groupe compact de ménagères qui font la queue devant le Casino du 107. (...) C'est donc là qu'il va tenter de trouver le salut, chez ces commerçants amis au milieu de clientes, dont beaucoup sont ses paroissiennes qui attendent leur tour, cabas d'une main, porte-monnaie et carte de ravitaillement dans l'autre."
Son irruption brutale ainsi que le sang provoquent un grand émoi et des exclamations qui attirent l'attention des poursuivants au moment où ils débouchent du 112. Ils cernent le magasin, se saisissent de lui, le frappent et le traînent jusqu'aux tractions Citro n qui le conduisent au Modern' Hôtel, au 21 avenue Président Faure (actuellement avenue de la Libération, face à la Grand' Poste, maintenant occupé par le Crédit Agricole, qui s'ouvre sur le square Massenet).
fournie par Robert PLOTON lui-même. L'Essor de la Loire 14 juin 1974 ![]() |
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En entrant il reconnaît, arrêtés aussi du matin, Dora RIVIÈRE (médecin protestante avec laquelle il a travaillé pour mettre sur pied un service social clandestin au service des enfants de proscrits), Bernard MULLER, la famille CHAUVENG, le sénateur Jean TAURINES, ainsi que Charles Pierre LUTZ, réfugié alsacien engagé de force dans la Wehrmacht (adjoint de Jean-Baptiste CERRUTTI, chef du groupe Franc du mouvement Libération sur la région stéphanoise) qu'il avait hébergé après sa désertion et qui mourra à Ellrich.
Il est près de 11 heures lorsque Jean BERGERET traverse la place Carnot, le boulevard Jules Janin, la rue Rouget de l'Isle et entreprend de gagner le presbytère par le raidillon de la rue Francis de Pressensé, poussant son vélo rue Royet lorsque la présence d'un véhicule noir l'intrigue, déclenchant une méfiance instinctive qui sommeille toujours dans chaque résistant. Aucun office n'est prévu ce 6 octobre mais un enterrement providentiel surgit se dirigeant vers la rue de l'Éternité, ce qui lui permet de rejoindre la file des amis du défunt jusqu'à l'entrée du cimetière du Crêt de Roch.
Après quoi il s'empresse par des moyens détournés de rejoindre la plaine afin de prévenir une Résistance déjà bien organisée et solidement implantée dans la région de Feurs. Il avertit aussi les relais convenus pour que soient rapidement prises toutes les mesures nécessaires afin que nul ne tombe dans le traquenard que les allemands ne vont pas manquer de maintenir plusieurs jours encore au Crêt.
C'est à cette vigilance que Romain PLOTON, frère de Robert, devra son salut, et évitera la souricière. Il gagnera Grenoble puis la Haute-Savoie où il sera aumônier du maquis Bulle dans la région d'Albertville en premier lieu, puis sur le front des Alpes après la Libération.
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Dans les jours qui suivent, Pierre POUGHON encore adjoint de Robert KAHN et organisateur à la préfecture de la fuite de renseignements toujours précieux ainsi que l'aide à la confection de faux documents forme le projet de retirer de l'église de la Nativité le matériel qui y est entreposé. Un fond qu'il sait important et dont on l'a prévenu que ni la Gestapo ni l'Abwehr ne l'ont découvert tant il est astucieusement caché. Il s'ouvre de son intention à son ami Fernand LEVY (PONCET), autre second de Robert KAHN.
Tout d'abord ils s'assurent auprès de la sur de Robert PLOTON demeurée à la cure que le dispositif de surveillance mis en place par les allemands est levé et qu'ils n'ont pas découvert la cachette.
Une fois rassurés sur ce point, Pierre POUGHON et Fernand LÉVY se rendent au marché de gros des légumes et des fruits place Chavanelle. Ils s'y font prêter par une connaissance un char à bras monté sur deux roues que les marchands des quatre saisons et les épiciers utilisant pour emporter leurs primeurs. Il pleut souvent en octobre et il faut souvent pouvoir protéger la marchandise, on leur remet donc aussi une bâche. Au dessus de l'église existe un passage entre deux immeubles accessible depuis la rue de l'Éternité, bien moins visible au trafic. C'est ainsi qu'ils y accèdent par la sacristie, ôtent la lourde table de marbre qui recouvre le retable de l'autel et en retirent des paquets de "Combat", de "Franc-Tireur", de "Libération", de "Cahiers du Témoignage Chrétien", ainsi que d'autres journaux, tracts et documents divers.
L'arrestation est annoncée sur les ondes de la France Libre tandis que plusieurs journaux clandestins en relateront les circonstances.
La presse stéphanoise par contre demeure silencieuse. Pareillement la municipalité pétainiste d'Amédée GUYOT ne bronche pas. Néanmoins Étienne BORNET, évêque auxiliaire de la ville, fait parvenir une lettre de protestation au chef de la police allemande de Lyon. Il y dénonce les conditions dans lesquelles son vicaire a été blessé, arrêté, roué de coups. Il souligne que la perquisition effectuée au presbytère fut une "véritable mise à sac d'une maison où tous les biens n'appartenaient pas à un seul occupant : pillage des tiroirs dont l'argent des pauvres a été enlevé (...) main basse sur le chocolat des enfants."
"Le Nouvelliste" était avec "Le Mémorial" l'un des pires quotidiens régionaux de la Collaboration. Le 31 décembre 1943 la résistance édite un faux "Nouvelliste" clandestin qui sera imprimé par Eugène PONS. Il sera très largement diffusé :
"Monsieur le curé PLOTON de Saint-Étienne (Loire) que tous les habitants du faubourg ouvrier du Crêt de Roch considéraient comme un saint homme vient d'être arrêté par la Gestapo dans des conditions de brutalité révoltantes. Cet ecclésiastique arrêté à son presbytère avait réussi à échapper à ceux qui venaient de l'appréhender. Ils lui tirèrent dessus le blessant à l'épaule. Toujours courant, perdant son sang en abondance il fut pris de faiblesse dans la rue et chercha refuge chez des paroissiens amis. Malheureusement l'attroupement devant la maison où l'on avait vu le bon prêtre chercher asile le désigna à ses poursuivants. Ils y pénétrèrent et en expulsèrent le malheureux en le traînant par les cheveux et en le bourrant de coups de botte. Le curé PLOTON coupable de patriotisme est à Montluc en grand danger d'être fusillé." (il y passera trois mois avant d'être déporté).
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Par ailleurs dans le courant du mois d'octobre 1942 la police de Vichy arrête dans la Loire 55 membres du mouvement Combat dont Jean SÈCLE et César GARNIER, successeurs de Jean PERRIN chargé de mettre sur pied l'ossature de l'AS (Armée Secrète) dans la région.
Le 3 février 1943, la plupart des représentants des mouvements appelés à se rassembler au sein des MUR se réunissent chez Denis PARET de Combat, au 31 rue Basse des Rives, pour désigner le chef départemental de l'Armée Secrète. Or à peine la réunion vient-elle de commencer que la Gestapo fait irruption et procède à 10 arrestations.
Le lendemain, Jean ROCHETTE, pionnier en 1932 des "Castors" de Montreynaud (association regroupant les personnes maîtrisant leur propre habitat) et proche de l'abbé PLOTON dans la Résistance comme il l'avait été au Marais entre 1935 et 1939 est arrêté à son bureau rue Paul Bert, puis grièvement blessé à l'occasion d'une tentative de fuite lors de son transfert du Grand-Hôtel, siège du SD au Modern' Hôtel, celui de l'Abwehr, en face de la Grand Poste. Aucun document n'est pour autant retrouvé à son domicile.
Devenu responsable départemental des MUR Robert KAHN connaît bien le curé de la Nativité. Membre du mouvement Libération, il a été l'un des diffuseurs de Témoignage Chrétien. Par ailleurs son frère Pierre, le "Pierre des faux papiers" mentionné par Lucie AUBRAC dans son livre Ils partiront dans l'Ivresse (1984 - ce livre est en partie romancé). est l'un des fournisseurs de l'abbé dont les besoins en la matières sont variés et importants.
Comme il le note lui-même dans "De Montluc à Dora", Renaud (Robert KAHN) se fait blesser et arrêter par la Milice au bar du Tournant, rue Georges Teissier, le 2 septembre 1943.
Quelques jours plus tard, Robert KAHN (fusillé plus tard à Bron le 17 août 1944), ainsi que trois résistants arrêtés avant lui, seront libérés de l'hôpital de Saint-Étienne Bellevue, lors d'une opération où participera Lucie AUBRAC. L'un des résistants infiltrés dans l'hôpital, le Dr Bernard MULLER, était en charge du pavillon des détenus.
L'ancien JOCiste Maurice BONNEVIALLE n'était finalement pas venu apporter les faux tampons attendus lors de l'arrestation de Robert PLOTON le 6 octobre 1943. Pour lui le sursis sera de courte durée, car il sera arrêté par le SD le 23 novembre de la même année et fusillé le 16 février 1944.
Fernand LÉVY, qui quelques jours après l'arrestation de Robert PLOTON avait contribué à vider l'église de la Nativité de nombreux documents importants, tombe à son tour.
Il s'avère nécessaire ici d'insister sur le rôle essentiel du Préfet, de la police, de différentes autorités, de la Milice, des dénonciateurs - car les autorités allemandes peinent à réellement obtenir des informations de première main. À partir de données de départ relativement floues, mais en suivant des directives quant à elles très précises, on s'acharne sur les personnes susceptibles au choix de mener des activités anti-françaises, d'avoir des sympathies gaullistes ou communistes, de préparer un attentat, etc... et même d'avoir pu écouter - ne serait-ce que par 'inadvertance' - la radio de Londres.
La machine est bien rodée, et la Milice ou la police allemande n'ont plus qu'à se répartir les rôles pour procéder aux arrestations : tous les renseignements nécessaires sont à disposition.
C'est la raison pour laquelle il est nécessaire de rendre disponible un certain nombre de documents que nous classerons sous deux rubriques :
antinationales ![]() |
Écoute de la radio de Londres ![]() |
L'acolyte de Fernand LÉVY, Pierre POUGHON passera entre les mailles, et poursuivra sa carrière à la préfecture de la Loire. C'est lui qui un jour de l'hiver 1942-1943, sans que personne bien entendu n'en ait été averti, s'était - il s'agit d'une hypothèse car aucune preuve tangible n'a pu être fournie - entretenu avec Jean MOULIN chez les surs HEURTIER, au 18 rue du Grand Gonnet.
Aujourd'hui, avec Violette MAURICE et Salavator PARRA, Pierre POUGHON demeure l'une des dernières figures survivantes à Saint-Étienne.
En effet deux officiers gaullistes du 5ème RI dissous, en rapport avec la Résistance à Izieux, et le lieutenant Maurice COLIN ainsi que l'aspirant Salvator PARRA se sont consacrés à plein temps à leurs activités clandestines. Les beaux-parents de Salvator PARRA, Jeanne et Paul LAGNIE, seront livrés à l'Abwehr par le même délateur que Robert PLOTON et arrêtés les 13 et 14 octobre 1943.

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| Maurice BONNEVIALLE Silloniste JOCiste Résistant |
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Naissance en décembre 1913 à Izieux, au hameau de la Varizelle dans une famille ouvrière. Ses parents, d'obédience catholique, le scolarisent à l'école Saint-François rue Benoît Malon, fondée en 1892 par François GILLET. Suite à l'obtention de son certificat d'études, Maurice entre à la menuiserie May du Creux où il travaillera jusqu'à son départ pour le service militaire en 1934.
Le jeune Maurice fréquente les cercles paroissiaux créés au début du siècle par les militants du Sillon, le mouvement de Marc SANGNIER qui rêvait de réconcilier l'église avec la classe ouvrière et la République. Avant que Pie X ne condamne le Sillon le 25 août 1910, Izieux avait été une paroisse pilote et une communauté phare de l'organisation autour d'une équipe entraînée par Pierre VANEL, Victor NANTAS et Joannès LASSABLIÈRE.
Maurice a 15 ans lorsqu' arrive à Izieux le jeune vicaire Robert PLOTON, le 15 août 1928, qui avec le concours des anciens sillonistes va entreprendre des initiatives en direction des populations ouvrières. Ces engagements attirent l'hostilité des notables du patronat local très conservateurs, notamment représentés par la famille CHATIN, les tout-puissants directeurs des usines de teinturerie et de soie artificielle Gillet.
Maurice BONNEVIALLE essaie de concilier cléricalisme et anticléricalisme ressentis par nombre de ses connaissances : il a des amis dans les deux écoles, et c'est pourquoi il considère qu'avec la toute nouvelle JOC, la vie d'un jeune travailleur vaut mieux que "tout l'or du monde".
En ce début des années 1930, la JOC déjà bien implantée dans la vallée du Gier n'a pas encore de groupe à Izieux. Voilà pourquoi il va uvre r à sa création avec des camarades d'autres entreprises de la ville, poussé par Robert PLOTON.
À quelques jours de la première représentation de "Notre Dame de la Mouise" le 31 janvier 1932, la section JOC d'Izieux est lancée (suivie en 1933 par la JOCF, dont il est membre dirigeant.) Il adhère à la même époque à la CFTC, appelée à l'époque "Syndicats Professionnels Masculin ou Féminin".
La troupe du théâtre d'uvre dans la salle de la rue Benoît Malon, la pièce "Notre Dame de la Mouise" avait connu un réel succès à Izieux au cours de ses quatre représentations de l'hiver 1932.
Mais ce théâtre, si inattendu dans une salle paroissiale, est qualifié de subversif par les notables locaux. Or voici qu'un an plus tard, on annonçait pour le 19 février 1933 la première d'une autre pièce de Grégoire LECLOS : "Bibi", suite de la pièce précédente, programmée trois dimanches en matinée, et qui - laborieusement - ne sera jouée qu'une fois.
On y voyait un prêtre trinquer avec des ouvriers, exprimer sa solidarité avec des grévistes, réconforter une fille qui avait fauté. Tout cela dans un style et un argot plus proches d'Henri POULAILLE que d'Émile ZOLA.
Tout fut alors mis en uvre pour que l'entreprise soit un fiasco, et la pièce sera le 19 février scrupuleusement sabotée par des perturbateurs dans une salle bien infiltrée et noyautée.
Le vicaire épiscopal de Saint-Étienne, Jean DELAY, est alerté de l'état d'esprit déplorable de certains prêtres démocrates du Gier. Le "tigre" de la soie d'Izieux, Marc CHATIN, qui considère la paroisse comme un fief de sa famille, se plaindra auprès du curé Henri PERRIN des "théories communistes" exprimées et qui menacent la paix des entreprises d'Izieux.
Maurice est appelé sous les drapeaux en mai 1934,et effectuera son service militaire au 4ème zouave en Tunisie. Il ne retourne pas en rentrant à la menuiserie May, mais entre aux Aciéries de la Marine, à l'atelier de Moulinage.
En novembre 1935, participation à la grève des Aciéries conduite par la CFTC (1200 adhérents sur 3500 salariés). Conflit arbitré par Antoine PINAY, maire de Saint-Chamond, issue acceptée par les militants de la CGT et de la CGT-U (minorité de la CGT, affiliée à L'Internationale Syndicale Rouge. Réunification à la CGT en 1936).
Nouvelle grève en juin 1936, mais les grandes lois sociales votées, la CFTC reprend le travail, arguant sur le danger d'interrompre l'effort dans un contexte d'entreprise uvrant pour la défense nationale.
Septembre 1939 : incorporé au 238ème R.I. Fait prisonnier en juin 1940 (Stalag VI G).
Évasion le 12 février 1941. Il gagne la Belgique, puis retourne parmi les siens. Il parvient, grâce à l'aide d'Antoine PINAY à rembourser la somme prêtée par la famille belge qui l'avait aidé à rentrer. Retour aussi aux Aciéries.
Période difficile pour le syndicalisme : le Pacte germano-soviétique avait déclenché des vagues d'arrestation au sein de la CGT, ouvrant ainsi la porte de nombreux secrétariats aux anarcho-syndicalistes pacifistes et antimilitaristes qui de fait suivent la politique du régime de capitulation.
Un acte dit "Loi du 16 août 1940" sur l'organisation de la Production industrielle avait prévu la mise sous contrôle des "syndicats, associations, groupements et organismes se proposant un rôle de représentation."
Le 9 novembre 1940, un décret prononçait la dissolution des confédérations CGT, CFTC ainsi que les organismes patronaux.
Dès le 15 novembre 1940 paraît pourtant un "Manifeste du Syndicalisme Français", appel à un front du refus et signé par douze secrétaires de la CGT et de la CFTC.
1er mars 1941 : promulgation de la "Charte du Travail" définie à Saint-Étienne par Philippe PÉTAIN le 1er mars 1941 [cf. vidéo disponible de sa venue] et promulguée le 4 octobre suivant.
Deux grandes déceptions ressenties par Maurice BONNEVIALLE :
Lors de ses discussions avec Robert PLOTON, il apparaît évident, bien que l'on ait pu croire pendant un temps à un double jeu de Philippe PÉTAIN, qu'une grande partie de la population, fidèles compris, accepte la perspective d'un régime autoritaire, d'autant plus que l'autorité ecclésiastique semble faire chorus, Primat des Gaules en tête. A tel point que le très conservateur vicaire épiscopal de Saint-Étienne, Étienne BORNET, pourtant grand pourfendeur de la laïcité, apparaît en retrait quand Pierre-Marie GERLIER évoque Vichy.
Alors que, tel que le précise Louis NICOLAS, "le milieu syndical et politique démocrate chrétien affiche une opposition déterminée tant à l'égard du chef de l'Etat, de son dauphin l'amiral François DARLAN, que de leur politique."
Les réseaux s'étoffent, l'organisation se fait. Citons entre autres :
L'enracinement de la Résistance dans la région est donc réel : il s'agit de combattre la législation antisémite "qui ne cesse de se développer et de se durcir durant ce printemps 1941, tant à l'encontre des juifs français que des juifs étrangers", plus précisément pour les personnes d'obédience catholique de rappeler les paroles de Pie XI. Or les consignes émanant de Pierre-Marie GERLIER ne font référence qu'à la condamnation du communisme.
Écrits de Louis NICOLAS :
"Cette fin novembre 1941 est marquée par deux événements qui donnent un coup d'accélérateur à la Résistance :
"Avant qu'il ne devienne le 'fer de lance' de l'Armée Secrète dans la vallée du Gier, on doit au groupe Franc d'Izieux - Saint-Chamond de nombreuses actions de sabotage, aux Aciéries de la Marine principalement. Il faut toutefois préciser que beaucoup d'ouvriers anonymes ont accompli en 1943-1944 de multiples sabotages. Ces actions jusqu'en janvier 1944 consisteront principalement à perturber le fonctionnement des 141 P [nouvelles locomotives mises en service à la SNCF à partir de janvier 1942], amenés à être livrés aux allemands. Par exemple en versant de l'acide [agissant à retardement] dans la tubulure des locomotives à vapeur. On posait des courroies minces [amenées à craquer]." (...)
"Début 1943, Jean RUIZ projette une grenade dans le magasin de l'électricien GARGAIRE. Au préalable, Paul FUVEL [l]' avait désamorcé afin de ne pas faire de victimes.
À Saint-Chamond, c'est l'épicerie-fromages REY, 4 place de la Liberté, qui sera détruite en pleine nuit par des pains de plastic. Le père et le fils servaient les nazis. Le fils était 'chef de centaine à la Milice. Louis PAUZE se souvient que la veille, Maurice était venu voir ses parents au 1er étage du 34 rue de la Liberté." (...)
"L'occupation de tout le territoire [le 11 novembre 1942 par la Wehrmacht suite au débarquement allié en Afrique du Nord] entraîne infailliblement le contrôle direct des Aciéries de la Marine par les nazis. Alors Joseph ROEDERER prévient Théodore LAURENT, le président du Conseil d'administration de la compagnie qu'il n'est pas question pour lui d'accueillir des allemands dans son bureau et encore moins de se plier à leurs exigences." (...)
"Au lendemain de la dissolution de l'Armée d'armistice, le lieutenant Édouard BRODIN vient travailler à la Compagnie du Gaz Bourbonnais, 77 rue de la République à Saint-Chamond, dont le directeur, son père, est tout acquis à la Résistance." (...)
"Par ailleurs, deux officiers gaullistes du 5ème RI dissous étaient déjà en rapport avec la Résistance à Izieux. Désormais le lieutenant Maurice COLIN et l'aspirant Salvator PARRA vont se consacrer à plein temps à leurs activités clandestines. Maurice COLIN est chef de réseau de renseignements Mithridate à Saint-Étienne." (...)
"Lorsque le capitaine MAREY rejoindra la Résistance par le canal le l'ORA [Organisation de Résistance de l'Armée, créée le 31 janvier 1943, à la suite de l'invasion allemande en zone 'libre' en novembre 1942], ce sont Maurice COLIN et Salvator PARRA qui le mettront en rapport avec Paul FUVEL, Édouard BRODIN et Maurice BONNEVIALLE. Ce sont eux qui lui parleront du Groupe-Franc comme un noyau solide autour duquel il faut organiser l'Armée Secrète dans le Gier-Sud. MAREY appréciera sur place la valeur du Groupe-Franc, mais aussi la densité de la Résistance à Izieux." (...)
"Quant à l'appel de Jean MOULIN, les mouvements s'unissent au sein des MUR [Mouvements Unis de la Résistance] pour le secteur J4 de Saint-Chamond - Izieux. Le chef de secteur de l'AS est le lieutenant Édouard BRODIN. Son adjoint : Paul FLUVEL.
Les allemands ne viennent pas rôder encore à Saint-Chamond. Aux FAM [Fonderies des Aciéries de la Marine], ils ont délégué encore un seul permanent qui dispose d'un bureau. Plusieurs signes révéleront [qu'il a moins l'esprit nazi que certains collaborateurs présents dans l'usine]. Ainsi de ce portier qui un jour lui écrira pour lui proposer de l'aider à démasquer les résistants qui sabotent le matériel à destination du Reich. L'allemand laissera traîner la lettre sur son bureau aux yeux de tout le monde." (...)
"Le 24 mai 1943, ayant craché devant un groupe de soldats allemands croisés sur un trottoir de Saint- Étienne, il est arrêté mais fort heureusement relâché après sans doute des vérifications peu poussées. Ce jour là, Maurice avait vraiment joué avec le feu. Conduit au siège du S.D., [Sicherheitsdienst : Service de Sécurité - Service de Renseignements de la SS],au Nouvel-Hôtel, 35 avenue Denfert-Rochereau/ Il sera frappé et y passera la nuit du 24 au 25 mai." (...)
"Depuis que Jean MAREY a pris le 1er octobre 1943 le commandement de l'AS de la Loire, les rencontres se multiplient chez les FUVEL comme chez les MAURIN.
Le mercredi 6 octobre 1943, Maurice BONNEVIALLE est attendu au presbytère de la Nativité où il doit rapporter des sceaux à Robert PLOTON. Il arrive en vélo par la rue des Alliés et Fourneyron. Rue Royet, alors qu'il approche de l'église, son attention est attirée par des groupes qui chuchotent et paraissent très animés. Maurice met pied à terre et s'approche. Des femmes pleurent. Il les interroge. Elles lui disent que leur curé a été arrêté peu après 9 heures et qu'il a été blessé alors qu'il tentait de fuir en 'traboulant' vers la rue du Treuil (maintenant rue Roger Salengro) par le jardin du 93 de la rue Royet.
Comme un peu plus tard Jean BERGERET, Maurice fait demi-tour. Mais avant de rentrer chez lui, il prévient Paul FUVEL. Le Groupe Franc est mis en alerte. Tous les camarades qui pouvaient avoir des relations avec l'abbé PLOTON sont avisés.
Salvator PARRA a t-il été prévenu ? Car malgré toutes les dispositions prises ici et ailleurs, ce familier de Robert PLOTON et d'Izieux va tomber. C'est le 13 octobre 1943 qu'il est appréhendé par l'Abwehr, ainsi que sa femme enceinte. Le 14, les parents de celle-ci, Jeanne et Paul LAGNIE [agent de liaison, il travaillait à la MAS - Manufacture d'Armes de Saint- Étienne], sont interpellés chez eux, rue Pétrus Maussier à Saint- Étienne. Ils ne rentreront pas de déportation. Leur fille, internée à l'hôpital de l'Antiquaille, sera délivrée par un groupe de Lyon. Salvator PARRA reviendra très affaibli de Mauthausen.
Cependant l'étau se resserre autour de Maurice BONNEVIALLE.
Depuis les vacances d'août 1943, tout en restant aux FAM, il travaille à temps partiel près de chez lui à la carrosserie Carrot de la Varizelle.
Cet emploi chez un ami complice lui permet de se consacrer davantage et avec plus de souplesse à ses activités clandestines.
Par ailleurs, il se rend de temps en temps en Haute-Savoie où il a des contacts avec des résistants, probablement des Chasseurs alpins de l'AS qui vont s'illustrer aux Glières. Il lui arrive même d'envisager de gagner l'un de ces maquis si le danger devenait ici trop préssant. Les événements qui vont aller en se précipitant ne lui en laisseront pas l'occasion." (...)
"C'est dans les jours qui suivent, peut-être même le lendemain, qu'il est convoqué au commissariat de police d'Izieux dont les locaux s'ouvraient alors au rez-de-chaussée de la mairie qui jouxte au couchant le chur de l'église au fond de la place Nationale. Il est interrogé par un certain PRADIER (...) qui le met en garde tout en s'efforçant de capter sa confiance. Il est difficile de se prononcer catégoriquement, cependant tous les survivants considèrent que PRADIER est à l'origine de l'arrestation de Maurice quelques jours plus tard.
Le mardi 23 novembre, il est midi lorsque les 'feutres' de la gestapo se présentent à l'atelier de la Varizelle et se saisissent de Maurice BONNEVIALLE.
Maurice BONNEVIALLE L'Essor de la Loire 14 juin 1974 |
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CARROT court aussitôt prévenir [son épouse] Claude. Celle-ci, dominant son angoisse et sa douleur, n'a qu'un souci immédiat : prévenir les camarades de son mari. Mais qui ?
Le seul dont il lui ait vaguement parlé, c'est ce gazier qui demeure un peu avant le Pont-Noir, 11 rue Pétin-Gaudet. Elle en parle au patron de Maurice qui s'empresse d'y aller. CARROT se renseigne auprès de M. GÉRIN dont le salon de coiffure s'ouvre au rez-de-chaussée de l'immeuble.
Un gazier ? Ce ne peut-être que Paul FUVEL, employé au Gaz Bourbonnais. Le coiffeur indique le nom, l'étage et l'allée car la maison en compte deux. Il arrive [à ce moment], mange un morceau tout en scrutant la rue depuis la fenêtre. Il sait où se rendre ou va faire vite. Lorsqu'un véhicule s'arrête, et tandis que ses occupants s'engouffrent dans la mauvaise allée, Paul FUVEL se précipite, ouvre la fenêtre de la cage d'escalier entre le 1er étage et le rez-de-chaussée. Il saute dans le jardin qui s'étire derrière la maison jusqu'au remblai de chemin de fer." (...)
"Après plusieurs mois au maquis (...) Paul FLUVIEL reviendra à Izieux en août 1944 où il constituera un GMO [Groupe Mobile Opérationnel] auquel il donnera le nom de Maurice BONNEVIALLE.
On ne sait pas avec précision les griefs retenus par les nazis contre Maurice BONNEVIALLE. Il n'est pas certain qu'ils aient soupçonné l'importance de son activité, ni sa responsabilité à la tête du Groupe-Franc de l'AS du Gier-Sud. Interné à Montluc, torturé sans résultat, il sera condamné à mort le 26 janvier 1944. (...) Maurice est fusillé le mercredi 16 février 1944 à La Doua. 'Laissant une famille qu'il aimait tendrement ayant tout sacrifié pour le salut de la France et la sécurité de ses camarades de combat. Il restera un exemple de patriotisme et d'esprit de sacrifice poussé à l'héroïsme', écrira son compagnon, le capitaine Édouard BRODIN dans une citation en date du 27 septembre 1947.
Édouard BRODIN qui après l'arrestation de Maurice va prendre directement le commandement du Groupe-Franc.
Après la guerre, Robert PLOTON rappellera qu'avant de Maurice avait adressé à sa femme et ses enfants des lettres 'admirables de sérénité'.
Dans la dernière de ces lettres en date du 5 février, Maurice écrivait : 'Ayez du courage. Lorsque vous lirez ces mots, je ne serai plus qu'un souvenir. Je vous écris de ma cellule de condamné à mort où je suis enfermé depuis le 26 janvier, jour de mon jugement. Je regrette évidemment de vous quitter en pleine vie, mais je voudrais que mes gosses vivent aussi honnêtement que leur père qui les aimait bien... Je ne suis pas le plus à plaindre. Tout le monde est pour mourir ici-bas, et je fais l'une des plus belles morts. Je vous aime et je vous embrasse. Vive la France.' " (...)
"C'est un prêtre qui parviendra à identifier le corps de Maurice grâce à son alliance à l'intérieur de laquelle était gravée la date de son mariage avec Claude : '24 septembre 1935'.
Des obsèques solennelles seront faites à sa dépouille, le dimanche 3 octobre 1944, place de l'hôtel de ville à Saint- Étienne, en même temps qu'à 9 FTP [Francs-Tireurs Partisans] fusillés comme lui.
Maurice BONNEVIALLE repose au cimetière d'Izieux.
Hélène ROEDERER qui avait quitté Izieux avec ses parents fin 1942 sera arrêtée les armes à la main dans la région parisienne et déportée à Ravensbr ck où elle retrouvera Violette MAURICE. Sauvée de la chambre à gaz par Marie-Claude VAILLANT-COUTURIER, elle mourra d'épuisement après la libération du camp de 10 mai 1945."
MAURICE BONNEVIALLE ET L'ÉVASION DU MARÉCHAL JEAN DE LATTRE DE TASSIGNY
"Dans 'Résistance Loire" le colonel René GENTGEN écrit page 35 :
'Maurice BONNEVIALLE procure la clef qui ouvre les portes de la prison de Riom au général DE LATTRE DE TASSIGNY. Le clef fut façonnée par les frères GAGNAT [et non GRAVAT, cf. annuaires de 1939 et 1948 et auprès de Paul FUVEL], sur empreintes fournies par Maurice BONNEVIALLE." (...)
LE SABOTAGE DU TRAIN DE LAMINOIR DES ACIÉRIES DE LA MARINE LE 24 JANVIER 1944
"L'arrestation de Maurice BONNEVALLE le 23 novembre 1943 et le départ au maquis le même soir de Paul FUVEL n'ont pas désagrégé le Groupe-Franc de l'AS d'Izieux - Saint-Chamond. Édouard BRODON remplace Maurice à la tête du GF dont aucun membre ne sera inquiété dans les semaines qui suivent ce qui tend à indiquer que le délateur de FUVEL et de BONNEVIALLE ignorait leurs activités les plus importantes.
En cette fin de 1943, les exigences allemandes se sont faites plus pesantes sur les Aciéries de la Marine qui non seulement doivent livrer leurs locomotives 141 P mais sont contraintes en outre de produire des blindages pour les chars des Panzer Divisions." (...)
"Londres était tenue au courant de ces fabrications par les agents des réseaux de renseignement Mithridate et Albi. Marcel PEILLON, responsable d'Albi dans la vallée du Gier s'était employé avec ses camarades à dissuader les Alliés de procéder à des bombardements.
En effet Marcel PEILLON, ingénieur, faisait valoir un argument de poids qui déterminera du reste la Roral Air Force à renoncer : la Soie d'Izieux entreposait une importante réserve de sulfure de carbone largement suffisante, si elle était atteinte par les bombes, pour intoxiquer la population d'Izieux et de Saint-Chamond.
En revanche, Marcel PEILLON et ses amis de Mithridate et d'Albi avaient donné aux anglo-américains l'assurance que la Résistance locale était en mesure d'interrompre durablement ces productions par des moyens mieux ciblés, moins coûteux en vies humaines qui épargneraient aussi l'outil de travail. Et ce n'était pas négligeable car demain, la Libération venue, il serait important que les usines puissent produire et participer à l'effort de guerre.
Pour s'en tenir aux Aciéries de la Marine, Édouard BRODIN et son Groupe-Franc dont plusieurs membres travaillent aux FAM et savent donc où il convient de frapper pour paralyser la production au service des nazis, décident de faire sauter le principal train de laminoir, celui qui produit les blindages.
Encore faudrait-il disposer du matériel nécessaire à ce sabotage. Or en cette fin 1943, l'AS n'a pas la quantité d'explosif nécessaire. Alors le GF s'adresse à ses compagnons du groupe Ange. On sait que celui-ci, émanation des réseaux Buckmaster du S.O.E. (Special Operations Executive - service secret britannique : 'Direction des opérations spéciales'), est plus généreusement approvisionné que l'AS en ses débuts.
Émile MAURIN, l'intrépide cafetier de la rue Périn-Gaudet, prend contact avec son ami J. FAUVET de Ange. Il lui expose le projet et les besoins. (...) FAUVET met Édouard BREDIN en relation avec un responsable d'Ange dans le Gier : Christian PRUNIER. Les deux hommes tombent vite d'accord : il est convenu que Ange fournira les explosifs. Ils furent perçus par Marius BALOUX et J. FAUVET. La conception du projet revenant à Édouard BRODIN et à ses camarades salariés de l'entreprise. Ces derniers se chargeant de l'exécution du sabotage dont la date fut fixée au lundi soir, 24 janvier 1944.
Le 24 janvier à 19h.45, six hommes dont Marcel AULAGNIER et Julien CHAUMIENNE pénètrent dans l'usine avec les ouvriers du poste de nuit. Dans leur musette les explosifs ont pris la place du casse-croûte. Le laminoir ne travaillait pas la nuit. Ils se hâtent dans l'obscurité vers l'atelier désert. L'entreprise est risquée mais les conjurés bénéficient du noir total car par crainte des bombardements de couvre-feu est très rigoureusement observé. Tandis que le reste de l'équipe fait le guet, deux hommes disposent les charges sous les coussinets et les roulements du train qui sont les points les plus sensibles du laminoir. En un quart d'heure, le dispositif de mise à feu est réglé. Les opérateurs sortent avec le poste de 12 à 20 heures.
L'explosion se produit à 22 heures. L'ensemble du train du laminoir est hors d'usage. Il faudra près de deux mois pour le remplacer.
Dix résistants [liste peut-être incomplète] du Gier ont participé à ce sabotage à des titres divers. Pour Ange : Christian PRUNIER, J. FAUVET, Antoine FOUQUES,Louis BERTRIX, André RULLY. Pour l'AS : Édouard BRODIN, Jacques AULAGNIER, Marius BADOUX, Julien CHAUMIENNE, Émile MAURIN.
Aussitôt connue la gravité des dégâts, le SD (Service de Sécurité de la SS) va s'activer à en trouver les auteurs. Et comme les recherches s'avèrent vaines dès les premières heures, cinq otages sont choisis et arrêtés parmi des jeunes des Chantiers de Jeunesse. Dès qu'il est prévenu, le maire de Saint-Chamond, Antoine PINAY, accompagné du représentant permanent allemand auprès des FAM [d'origine autrichienne, d'une modération pouvant faire penser qu'il n'était pas nazi], se rend à Lyon au siège du SD. Ils parviendront à faire libérer les otages.
Cependant l'enquête va s'accélérer vraisemblablement avec le concours de quelques collaborateurs notoires des Aciéries de la Marine : Édouard BRODIN est appréhendé le 3 février 1944. La malchance veut que les nazis trouvent sur lui ou chez lui un rapport à Mithridate, sur lequel figurent des noms. Marcel AULAGNIER et Julien CHAUMIENNE sont arrêtés au travail le même jour. Le 5 février, c'est au tour d' Émile MAURIN, de sa femme Marie et de leur fille Georgette. Le 18 février, Christian PRUNIER est abattu près de son domicile à Rive de Gier.
Plus chanceux, Marius BADOUX et André RULLY parviennent à gagner l'Auvergne. Louis BERTRIX et J. FAUVET trouvent d'abord refuge en Haute-Loire d'où ils rejoindront le groupe Ange, au maquis de Pivadan au dessus de Dovezy dans les Monts du Forez.
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Ce sera un long calvaire qui conduira Robert PLOTON de la prison Montluc de Lyon, en passant par Compiègne à Buchenwald, jusqu'à Dora, qui est une usine souterraine des nouvelles armes V1 et V2, et où les conditions de travail et de vie sont particulièrement atroces. "De Montluc à Dora, l'Usine des Armes Secrètes" par Robert Ploton, Matricule 44015. Ce texte fut publié parle journal "La Dépêche" en 14 épisodes au mois d'août 1945, et sortit également en brochure.
par Robert PLOTON lui-même L'Essor de la Loire 14 juin 1974. |
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du document (Format PDF) ![]() |
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À son retour à Saint-Étienne le 21 mai 1945, il reprend son ministère à la paroisse de la Nativité.
Il fait beau et chaud ce lundi de Pentecôte, 21 mai 1945, lorsqu'en fin d'après-midi, le train en provenance de Paris entre en gare de Châteaucreux. Une foule encore plus nombreuse que d'habitude envahit les quais et vient accueillir anciens déportés, anciens prisonniers et anciens du STO.
![]() Chateaucreux sur une carte postale utilisée durant la guerre |
![]() Chateaucreux en 2014 |
Le train s'arrête, le silence se fait. La fumée de la locomotive se dissipe. Aux fenêtres et aux portières des mains s'agitent. Et voici que parmi les calots kakis des prisonniers, les bérets et les casquettes des STO apparaît un visage cerclé de lunettes, un visage souriant mais que son extrême maigreur désigne comme un rescapé des camps de la mort. Alors vers cet homme vite reconnu monte une ovation tandis que ses proches l'étreignent. Saint-Étienne et le Crêt de Roch fêtent leurs retrouvailles avec Robert PLOTON.
La nouvelle était devenue officielle : il avait réchappé de Buchenwald et de l'enfer de Dora, et la veille, la nouvelle de son arrivée s'était répandue dans la ville.
Citons au mot à mot Louis NICOLAS :
"Et aujourd'hui ce sont ses jeunes de la JOC et de la JOCF, ses proches de la CFTC, ses amis du Sillon, militants de la Jeune République et du Parti Démocrate Populaire, ses compagnons de la Résistance, ceux qui lui doivent la vie mais aussi ses anciens paroissiens d'Izieux (1927-1935), du Marais (1935-1939) et tout le Crêt de Roch réunis, communistes et chrétiens, qui se sont mobilisés pour venir lui crier leur admiration, leur reconnaissance et leur joie. (...) Parmi ses camarades dans la clandestinité il y a bien sûr Jean BRUYÈRE et Jean ROCHETTE, ce dernier mutilé mais sauvé du poteau par un officier allemand antinazi. (...) Un cortège s'improvise dans l'allégresse, deux camarades hissent Robert PLOTON sur leurs épaules. Il est porté en triomphe. L'abbé qui n'avait rien prévu de tout cela est ému, heureux et un peu fier aussi sans doute."
Dans le quotidien L'Essor de la Loire du 14 juin 1974, Robert PLOTON évoquera cette journée à l'occasion du 30ème anniversaire de la Libération, un an avant sa mort :
"Instruits de mon retour, alertés par je ne sais quelles ondes, croyants ou mécréants indistinctement mêlés, surgirent de toutes parts et déferlèrent en flots pressés, bloquant jusqu'au sommet l'avenue de la gare [avenue Denfert-Rochereau]. Je fus entraîné par cette marée humaine jusqu'à l'église de la Nativité où j'eus à peine loisir de prononcer quelques paroles avant les chants d'action de grâce confondus avec les accents de la Marseillaise."
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Revenons à Louis NICOLAS :
"Et ce 21 mai 1945, alors que le crépuscule tombe doucement sur la ville, tout le Crêt de Roch républicain, le Crêt de Roch communiste, et le Crêt de Roch chrétien, (...) vivent un moment rare mais intense de pure émotion et partagent un grand frisson de fraternité."
Dans "La Résistance Civile dans la Loire", paru en 1996, le colonel René GENTGEN, ancien chef d'état-major de l'Armée Secrète, puis des F.F.I. de la Loire conclut ainsi les pages qu'il consacre à Robert PLOTON :
"Jusqu'en octobre 1943 toute l'organisation de la Résistance dans le sud repose sur les épaules de l'abbé Robert PLOTON à Saint-Étienne.
Maintenant que Marguerite GONON nous a quittés, le professeur Jean BERGERET de la faculté de médecine de Lyon reste le dernier compagnon de Robert PLOTON dans la Résistance."
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TITRES & DISTINCTIONS :
SOURCES & REMERCIEMENTS
des Déportés Internés Résistants et Patriotes),
la Primatiale Saint-Jean de Lyon.
Légion d'Honneur

rue Robert Ploton
rue Robert Ploton
1) Sources de Louis NICOLAS 1995-2000
2) Ouvrages et périodiques mentionnés :
3) Documents transmis par Daniel ROURE 2013
4) Autres documents consultés :
5) Autres sources :
Jean-Yves GUILLIN Saint-Étienne -
Crêt de Roch 2013 / Mise à jour 2025
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